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samedi 13 juillet 2019

Sally Mann : la photographe américaine est exposée au Jeu de Paume


Produite par la National Gallery of Art (Washington), l’exposition itinérante est installée au Jeu de paume à Paris
Sally Mann est née en 1951 à Lexington, en Virginie, état qu'elle n'a guère quitté. 
Ce Sud des Etats-Unis a façonné l'œuvre de la photographe. Cela donne une forte unité de lieu aux images de l'expo pourtant structurée en cinq sections très différentes :« Famille», «La terre», «L’ultime et pleine mesure», «Demeure avec moi», «Ce qui reste».

Famille 

Sally Mann photographie ses trois enfants, leur vie libre dans cette campagne préservée : de fragiles petits sauvageons comblés par leur exploration de la Nature.


De façon presque contradictoire, leur mère organise minutieusement les prises, faisant

lundi 20 mai 2019

Douleur et Gloire – Dolor y gloria, le film

Par quoi sommes-nous touchés au cœur ? Par le film ? Par son auteur Pedro Almodóvar ? Comment faire la différence ? Et pourquoi la faire ? 

Plus que jamais une œuvre et son créateur sont inséparables : ils collent.


Antonio Banderas, jouant le rôle de Salvador, incarne si bien notre cher Almodóvar qu'il semble parfois que c'est lui qui apparaît à l'écran. Et aussi qui nous parle, la voix de l'acteur parvenant même à prendre des intonations de son personnage.

La patte d'Almodóvar se reconnaît dans chaque image. Une signature inimitable. Sa palette de couleurs bien sûr, présente dès ses premiers films. Qui d'autre ose inonder ainsi les scènes de rouge pur, de jaune vif… Les couleurs de l'Espagne, de la movida.

Le talent d'Almodóvar se retrouve dans la liberté de la narration. Qui d'autre se permet de faire danser à l'écran des images design d'IRM et autres analyses médicales ? Qui d'autre se permet de raccorder cut l'apnée suicidaire et amniotique au fond d'une piscine à des scènes de bonheur radieux au bord de la rivière de l'enfance ? C'est là, en accompagnant sa mère lavandière, que Pedro/Salvador a appris la lumière, celle du bonheur qui coule sous le soleil, comme les draps étendus sur la prairie dégoulinent d'eau fraîche. Les retours à l'enfance s'enchaînent ainsi, fluides, savoureux.

Au bord de la rivière, est penchée Penélope Cruz : c'est la maman. Elle chante en pressant le linge. Elle est magnifique. De beauté, de justesse d'interprétation. Si bien mise en

samedi 16 mars 2019

RÊVER : une riche expo photo au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris

En face du Centre Pompidou, le Centre Wallonie-Bruxelles regroupe une quinzaine de photographes, certains confirmés, d'autres émergents, belges ou non, autour du thème du Rêve. Ci-dessous une sélection des œuvres de cinq d'entre eux.

Un thème pas toujours respecté

Ce thème du Rêve est un peu bateau, presque décourageant. D'autant que bon nombre de courants photographiques ont été liés au fantasme, à l'irréel, au songe. 
Mais peu importe, car dans cette expo, contrairement au titre, ce sont plutôt des transcriptions de la réalité qui apparaissent dans les clichés, et l'aspect onirique est souvent peu perceptible.

Alexandra Demenkova

Alexandra Demenkova par exemple tient le discours allégorique à distance. La photographe russe travaille en noir et blanc dans une proximité émue avec les dures réalités rurales de son pays.


L'utilisation d'un objectif grand-angle renforce cette sensation de voisinage. 

L'auteur partage souvent de larges laps de temps avec ses modèles féminins, "ce qui donne cette sensation de familiarité au spectateur, au delà d’une volonté biographique psychologisante ou

lundi 25 février 2019

António Lobo Antunes : Saudades da vida.



Dans la revue Visão Online  du 22 décembre 2010, António Lobo Antunes publiait une chronique intitulée Saudades da vida

En voici une libre traduction. 

Il s'agit pour moi de rendre hommage à son humour, à la manière légère et pourtant profonde qu'il a de montrer les mutations de la vie sociale au Portugal, à toute la poésie dont il entoure l'inexorable avancée du temps.


  
Une fois, une journaliste a demandé à Vinicius de Morais s’il avait peur de la mort.
Le poète répondit avec un sourire :
- Non, ma fille. Mais la vie me manquera.
De temps en temps, me revient cette phrase de Vinicius. Je pense : de quoi aurai-je la nostalgie, moi ? Ça m’ennuie de mourir parce qu’on reste mort très longtemps. Je suis certain que mon père s'enquiquine ferme au cimetière, sans livres, sans musique, sans opportunité de se rendre désagréable. Mon grand-père, si différent de son fils, a dû déjà se faire là-bas des tas d’amis, tous autour d’une grande table à manger des bernacles. Et mon oncle Eloy joue aux cartes avec les autres, souriant de satisfaction quand il lui sort un bon jeu. Toujours il se boursouflait sur sa chaise, et l'examinait en répétant :
- Très bien, messieurs les officiers
De même que si les choses tournaient mal, il se lamentait :
- Je suis huissier depuis des années, et jamais je n’ai vu une chose pareille.
Je le vois d’ici, sans un faux-pli, plein d’élégance… Ma tante Madalena lit de gros livres, ma tante Bia enseigne le piano, et moi, je m'effraie qu’un jour il n’y ait plus ni papier, ni crayon, ni  ami, ni femmes. Mais, pour revenir à Vinicius de Morais : de quoi aurai-je la nostalgie ? De me réveiller le matin, en été, entouré de senteurs bourdonnantes ? De la mer à Vila Praia de Âncora ? Des chiens ferrugineux de Colares et de leurs yeux implorants ? De Beira Alta ? De Beira Alta sans doute, et du juge qui se vantait d’arrêter la pensée. Des chats qui en fermant les yeux cessent d’exister et se transforment en coussins de canapé ? De ma fille Isabel lorsque je l’emmenais au musée afin de remplir ses tendres neurones d’amour pour le beau ?
- Tu aimes ?
- Je trouve ça un peu rébarbateux
Et je n’ai pas eu le courage de lui dire que moi aussi je trouve les musées un peu rébarbateux. Je ne prêtais pas attention aux tableaux, je m'en fichais pas mal, mais à l'époque de mon enfance, il y avait toutes les dix toiles un crachoir chromé qui m’intéressait énormément. Le problème, c’est que je n’ai jamais su cracher comme il faut. Aujourd’hui encore, je ne sais pas cracher de façon convenable et, sans plaisanter, j’en ai honte. Dans le car pour le lycée, j’admirai les messieurs qui sortaient de leur poche un mouchoir bien plié, l’ouvraient avec une lenteur précieuse, extrayaient l'âme des poumons, la déposaient dans le mouchoir avec un gargouillement de siphon compétent et profond, examinaient l'âme avec satisfaction, repliaient le mouchoir et faisaient le reste du trajet avec elle dans le pantalon. Peut-être est-ce pour cela que je n’utilise même pas de mouchoir : quand je me sens morveux je lutte avec moi-même pour ne pas essuyer mon nez sur ma manche et j’y parviens la plupart du temps. Je vais avoir la nostalgie de ceux qui se mouchent avec dignité et fracas, et aussi des autres, plus répandus, détenteurs d’un pouvoir de synthèse qui malheureusement me fait défaut. Passe une fille, et  eux, immédiatement :
- T’es vraiment bien roulée…
dans une concision admirable, et, poussant du coude un complice distrait :
- Tu as vu ?
Le quidam n’aperçoit déjà plus la fille que de loin, mais acquiesce par solidarité :
- Dès que l’été arrive, elles se dépiautent
Et avec une capacité de synthèse, il conclue :
-Toutes des putes
Ce qui met un point final n’admettant aucune réplique. Les voilà cataloguées définitivement, de sorte qu'on passe aux mérites de la bière brune qui, en plus d’arrêter la soif, est idéale pour enlever les taches, que ce soit sur la chemise ou dans l’estomac
- Elles nettoient même les ulcères, elles nettoient les ulcères et adoucissent le jambon
- Si les gens tétaient une brune au milieu de l’après-midi, personne ne tomberait jamais malade
Puis, c'est l'inspection de la semelle des chaussures :
- Regarde-moi cette saloperie de trou…
S’ensuit un discours autour des fragilités et des misères du cuir. Aurai-je la nostalgie de cela ? J’en aurai à coup sûr de l’épicier d'à côté. Il est toujours seul dans son magasin, derrière le comptoir, un homme très bien élevé. Si vous lui achetez un paquet de cigarettes et dites
- merci       
il répond immédiatement :
- c’est nous qui vous remercions  
d’un ton papal, ce qui m'amène à l’imaginer entouré de créatures invisibles pour moi, mais bien réelles pour lui, une multitude de spectres sur lesquels il règne avec bienveillance. Il possède d’énormes sourcils qui ne s’accordent pas tout à fait avec ses gestes précieux. Jamais je ne vis un autre que moi entrer dans l’épicerie. Non, c'est faux : une fois, il y avait là une petite vieille qui  achetait deux pêches et qui comptait son argent comme si elle disait adieu pour toujours à un fils unique. Je me souviens qu’elle a contemplé les pièces jusqu’à leur disparition dans le tiroir avec une tendresse qui me fendait le cœur. Puis elle s’est éclipsée par une petite porte de côté, une pantoufle au pied gauche et une botte au pied droit. La marche devant la porte, elle mit un quart d’heure à l’escalader. L’épicier, oubliant le    
- c’est nous qui vous remercions, 
m’ouvrit des horizons :
- C’est madame Esperança, qui fut jadis très riche…
Elle fut très riche, et aujourd’hui une pêche, peut-être une petite soupe, et les restes de sa richesse au clou. Aurai-je aussi la nostalgie de cela ? Pour citer Isabel, la vie, de temps en temps, est rébarbateuse. Se peut-il qu'il y a des siècles madame Esperança ait été très canon ? Se peut-il que son mari crachait convenablement ? C’est peu probable parce qu’il était, selon l’épicier, un Docteur.
- Docteur des tribunaux                
précisa-t-il avec admiration.
- Docteur des tribunaux                
je l’ai déjà entendu dire dans les rues.
Je pense que si mon oncle Eloy avait vu cela, il aurait fait son commentaire :
- Je suis huissier depuis des années, et jamais je n’ai vu une chose pareille.
Moi non plus, tonton, moi non plus. Et au fait, quand Vinicius de Morais se référait à la nostalgie de la vie, à quelle vie pensait-il ?


                                                                        
Traduction libre G.Dappelo




                                             
Uma ocasião uma jornalista perguntou a Vinicius de Morais se tinha medo da morte.
O poeta respondeu com um sorriso:
- Não, minha filha. Tenho saudades da vida.
De tempos a tempos esta frase de Vinicius regressa-me à ideia. Penso: de que terei saudades, eu? Maça-me morrer porque se fica defunto muito tempo. Estou certo que o meu pai anda chateadíssimo no cemitério, sem livros, sem música, sem oportunidades para ser desagradável. O meu avô, tão diferente do filho, já deve ter feito montes de amigos por lá, todos a comerem percebes à volta de uma mesa grande. E o meu tio Eloy joga às cartas com os outros, a sorrir de satisfação quando lhe saem naipes bons. Costumava inchar na cadeira, a olhar para eles, repetindo

- Muito bem, senhores oficiais
da mesma maneira que, se as coisas corriam mal, se lamentava

- Há muitos anos que sou beleguim e nunca vi uma coisa assim

e vejo-o daqui, sem uma prega, elegantíssimo. A minha tia Madalena lê livros grossos, a minha tia Bia ensina piano e eu sinto medo de não haver papel, nem caneta, nem amigos, nem mulheres. Mas, voltando a Vinicius de Morais, de que terei saudades? De acordar de manhã, no verão, rodeado de cheiros que zumbem? Do mar em Vila Praia de Âncora? Dos cães ferrugentos de Colares e dos seus olhos lamentosos? Da Beira Alta? Da Beira Alta sem dúvida, e do juiz que se gabava de parar o pensamento. Dos gatos que ao fecharem os olhos cessam de existir e se transformam em almofadas de sofá? Da minha filha Isabel ao levá-la a um museu para lhe encher de amor pela beleza os tenros neurónios:

- Estás a gostar?

- Acho um bocado aborrecente
e não tive coragem de dizer que também acho os museus um bocado aborrecentes. Não ligava muito aos quadros, ou antes não ligava patavina aos quadros mas, na época de eu criança, havia escarradores cromados, a cada dez telas, que me interessavam muitíssimo. O problema é que nunca soube cuspir em condições. Ainda hoje não sei cuspir decentemente e, não estou a brincar, envergonho-me disso. No transporte para o liceu sempre admirei os cavalheiros que tiravam um lenço muito bem dobrado da algibeira, o abriam numa lentidão preciosa, puxavam a alma dos pulmões, depositavam-na no lenço num gorgolejo de ralo, competente, profundo, examinavam a alma com satisfação, tornavam a dobrar o lenço e faziam o resto do trajecto com ela nas calças. Talvez seja por isso que nem lenço uso: quando me acho fungoso luto comigo mesmo para não limpar o nariz na manga: a maior parte das vezes consigo. Vou ter saudades daqueles que se assoam com dignidade e estrondo e dos outros, mais comuns, detentores de um poder de síntese que, desgraçadamente, me falta. Passa uma rapariga e eles, logo

- És muita boa
numa concisão admirável, a acotovelarem um sócio distraído

- Viste?

O sócio já só apanha a rapariga ao longe mas concorda por solidariedade

- Chega o verão e descascam-se logo
e o do poder de síntese remata

- Todas umas putas

que é um ponto final que não admite acrescentos, ei-las catalogadas em definitivo, de modo que se passa aos méritos da cerveja preta que, além de acabar com a sede, é óptima para tirar nódoas, seja na camisa, seja no estômago
- Até limpam as úlceras
limpam as úlceras e amortecem o presunto:
- Se as pessoas mamassem uma preta a meio da tarde ninguém adoecia.
Segue-se a inspecção da sola do sapato
- Olha-me para a porcaria deste buraco aqui
e um discurso acerca das fragilidades e misérias do cabedal. Terei saudades disto? Do senhor da mercearia ao pé de mim vou ter de certeza. Está sempre sozinho na loja, atrás do balcão, educadíssimo. Se lhe comprar um maço de cigarros e disser
- Obrigado
responde de imediato
- Obrigado somos nós
num tom papal, que me leva a imaginá-lo cercado de criaturas invisíveis para mim mas óbvias para ele, uma multidão de espectros sobre os quais reina com benevolência. Tem sobrancelhas grossíssimas que não vão inteiramente com os seus gestos fidalgos. Nunca vi ninguém entrar na mercearia a não ser eu. Mentira: uma ocasião estava lá uma velhota que comprou dois pêssegos, a contar o dinheiro como se estivesse a despedir-se para sempre de um filho único. Lembro-me que fitou as moedas, até elas se sumirem na gaveta, numa ternura que me rasgou ao meio o coração. Depois sumiu-se numa portinha ao lado, com uma pantufa no pé esquerdo e uma bota no direito. O degrau da portinha levou-lhe um quarto de hora a escalar. O senhor da mercearia, esquecido do
- Obrigado somos nós
abriu-me os horizontes
- É a dona Esperança que já foi muito rica.
Foi muito rica e agora um pêssego, uma sopinha talvez, os restos da riqueza no prego. Terei saudades disto, também? Para citar a Isabel a vida, de tempos a tempos, é aborrecente. Será que, há séculos, a dona Esperança muito boa? Será que o marido cuspia em condições? É pouco provável porque o marido, segundo o senhor da mercearia, doutor.

- Doutor de tribunais
especificou ele com admiração
- Doutor de tribunais
escutei eu já na rua. 
Penso que se o meu tio Eloy visse aquilo comentava
- Há muitos anos que sou beleguim e nunca vi uma coisa assim.

Eu também não, tio, eu também não. E, já agora, quando Vinicius de Morais se referia a saudades da vida em que vida pensava?

   
  António Lobo Antunes, Saudades da Vida in Visão Online, 22 de Dez. 2010
    (texto adaptado)




dimanche 24 février 2019

Joana Vasconcelos expose au Bon Marché

L'exposition « Branco Luz » de la plasticienne Joana Vasconcelos investit jusqu'au 24 mars les larges espace du magasin Le Bon Marché à Paris.


Du premier étage du Bon Marché

L'artiste portugaise a imaginé « Simone », une surprenante et immense créature immaculée suspendue sous les verrières. Simone est présentée comme une Valkyrie, figure mythologique récurrente dans l’œuvre de Joana V. Le prénom a été choisi en hommage à Simone Veil et à Simone de Beauvoir.



Détail du traitement des tissus

Vue depuis le deuxième étage 

Dans un quartier bien plus populaire de Paris, à la porte de Clignancourt, la dernière œuvre de l'artiste a été inaugurée pour la Saint-Valentin 2019. Il s'agit d'un cœur géant composé de 3 800 carreaux peints à la main.
Le cœur s'illumine au rythme de ses battements et tourne sur-lui-même.


Des objets sortis de leur contexte

Joana Vasconcelos est née en 1971 à Paris. Elle vit et travaille actuellement à Oieras tout près de Lisbonne. L’idée fondamentale de sa production est de sortir de leur contexte des objets parmi les plus banals. Se situant dans la tendance du Nouveau Réalisme et du Pop Art, l'artiste nous livre une vision originale de la société, souvent satirique, caustique. Les problématiques évoquées touchent la consommation, le statut de la femme, l'appartenance territoriale. Le plus souvent, cela évoque d'intéressantes dichotomies comme artisanat / industrie, tradition / modernité, culture populaire / culture savante, différenciation des classes…
Exposé à Versailles, Marylin était un escarpin construit avec des couvercles de casseroles



Un humour omniprésent

Des sculptures aux formes baroques et aux dimensions pantagruéliques, cela confère aux

jeudi 20 décembre 2018

Giacometti et Chafes, le rugueux et le lisse

À la Fondation Calouste Gulbenkian, à Paris, s'est achevée (déc. 2018) une exposition réunissant des œuvres d'Alberto Giacometti et du sculpteur portugais Rui Chafes. 
Chafes est contemporain, né en 1966 à Lisbonne, année de la mort de Giacometti.

Gris, vide, cris


C'était l'intitulé de l'expo, trois mots tirés d’un vers de Giacometti. Étonnante rencontre entre les œuvres de ces deux artistes que l’espace, le temps et la forme même de leurs sculptures a priori séparent.


Des œuvres conçues spécialement pour l'expo


Mais plus encore qu'une rencontre, qui impliquerait des analogies formelles ou un esprit de filiation, il s'agit d'une connexion, d'une soudure d'une œuvre à l'autre. Il est ici question d'une active recherche de résonance menée par Rui Chafes envers son aîné. Parce qu'en effet, fait rarissime, Rui Chafes a conçu et forgé six sculptures spécialement pour le projet. 

C'est la commissaire de l'exposition, Helena de Freitas, qui a tout mis sur pied et ainsi permis à Rui Chafes de "transporter sa flamme", dans tous les sens du terme, dans l'intimité de Giacometti.

Les mots


Dans le catalogue de l'expo, est publié un glossaire d'une vingtaine de mots. Ce vocabulaire a été choisi par Helena de Freitas dans les écrits des sculpteurs pour exprimer et élucider leur démarche. 
Le vide, la nuit, l'ascension et la chute, la verticalité, la solitude, le masque, la transcendance… 
Toutes les formes et les thèmes exposés dans les œuvres. 
Ce glossaire est présenté ci-dessous dans des tableaux successifs, avec de courts extraits de déclarations de Rui Chafes à diverses occasions, et une traduction libre en langue française.

Oser s’aventurer à l'intérieur d'une sculpture


Le visiteur hésite… Peut-il pénétrer dans ce couloir à l'obscurité totale ? A l'intérieur de cette grande oeuvre de Chafes ? Encouragé par un gardien, il ose avancer, seul. La marche est totalement aveugle. Pour s'assurer, il pose une main sur une paroi de cet étrange couloir, sent qu'elle est en métal, un fer lisse et plat, et il comprend que tout a été couvert d'une peinture noire mate. En frappant du doigt comme à une porte, la paroi répond d'un son métallique… Ce vide donne une impression de mort. Quelques pas plus loin, de petits ronds de lumière l'attirent, ainsi que d'étroits rectangles, des meurtrières à peine éclairées, comme des blessures. Approchant l'œil, le visiteur découvre des œuvres de Giacometti enchâssées dans l'imposant montage de Chafes. Minuscules sculptures, objets fragiles, ainsi mis en valeur à l'intérieur de sa grande installation. « Des œuvres à la limite de l’existence ». Le visiteur esseulé, ainsi cloîtré par la nuit et le silence, peut concentrer sur elles son regard, sa pensée, toute son émotion.



dimanche 25 novembre 2018

Les Contes cruels, de Paula Rego

Les Contes cruels de Paula Rego sont exposés au Musée de l'Orangerie, jardin des Tuileries, place de la Concorde. Jusqu'au 14 janvier 2019.

Les contes cruels


Qui ne se souvient de ses angoisses d'enfant, après qu'un parent nous a lu telle ou telle cruelle histoire mettant en scène une fée empoisonneuse ou un terrible loup. Qui n'a pas encore sur la rétine d'épouvantables images d'ogres et de démons figurant sur un livre de contes alors posé sur les genoux. Passant d'un tableau à l'autre dans les couloirs de l'Orangerie, ces anxiétés-là, fixées en nous depuis l'enfance, se raniment. Comme dans un mauvais songe. 

C'est que, malgré ses 83 ans, Paula Rego se dit « toujours une petite fille ». Elle déclare au Telegraph en 2016 : « Je suis la même aujourd’hui qu’alors. C’est idiot d’être si âgée et toujours si effrayée. »

Frissonner du Mal, et s'en régaler…


Manifestement, Paula Rego se régale de figurer ces frayeurs. Ce qu'elle nous sert dans ses toiles de prétendument enfantin n'a plus rien d'infantile. Parce que notre conscience de grande personne sait que le loup affamé et la goutte de sang sont des métaphores. Parce qu'adultes tout empreints de ces lointaines épouvantes, nous ressentons avec d'autant plus de force dans les œuvres de Paula Rego les doubles significations de ses bestiaires fantasmagoriques et de ses postures gaillardes. 

Dans La Petite Meurtrière (1987), une fillette s'apprête à étrangler en douce un(e) inconnu(e) avec un joli ruban. En moins explicitement sexué, il y a là quelque chose de Balthus.
La Petite Meurtrière
 

Cruauté et perversion s'enduisent de noir dans la série de gravures des Nursey Rhymes
Nursey Rhymes

Avant qu'on ne la détaille, l'image de War (2003) semble sortie d'un livre de légendes pour

lundi 19 novembre 2018

Expo au Jeu de Paume : Dorothea Lange

Au Jeu de Paume à Paris, l'œuvre photographique de Dorothea Lange ( 1895-1965 ) est exposée jusqu'au 27 janvier 2019.


Dorothea Lange et la photo document


Lange étudie la photographie à la Clarence H. White School de New York. 

Observant dans les rues de San Francisco les chômeurs sans-abri, influencée par ses contacts fréquents avec le groupe f / 64 ( * ), elle s'intéresse vite à la photo documentaire. Elle quitte alors son studio pour photographier les conditions dans lesquelles vivent les populations les plus atteintes par la grande dépression des années 1930. 

Son travail novateur suscite l’attention de P.S. Taylor, professeur d’économie à Berkeley. Taylor va utiliser les photographies de Lange pour illustrer ses articles, avant que les deux ne travaillent ensemble à partir de 1935 au profit des agences instituées dans le cadre du New Deal.
Lange va fournir un nombre considérable de photos (130 000 négatifs) à la Farm Security

mardi 6 novembre 2018

Connaissez-vous Reine Paradis ?

Après Miami, la photographe française expose à Paris du 8 novembre au 19 Décembre , Galerie Catherine et André Hug 40, rue de Seine / 2, rue de l’Echaudé 


Un surréalisme pop 


Reine Paradis réalise des photographies narratives en se mettant en scène dans un paysage très surréaliste. Construites dans de nombreux lieux à travers l’Amérique, toutes les scènes sont imaginées et conceptualisées avant d’être shootées dans des endroits réels.
Série Midnight : THE TOWER 6 

Reine Paradis présente des séries d'une grande homogénéité, par les mises en scène, mais aussi par les couleurs psychédéliques, évoquant l'art pop des années 60 et 70, et tout l'univers californien. Chaque série a sa propre couleur de contrepoint clé (orange profond aveuglant, chaux saturée, pourpre foncé), le bleu étant la constante.


Série Midnight : ELEFANTO6

Un peu de Gilbert Garçin


Par certains aspects cela évoque Gilbert Garçin : voyages introspectifs et symboliques où chaque auteur évolue dans un monde très personnel construit d'accessoires,

lundi 5 novembre 2018

La World Press Photo expose...

À Madrid s'achève l'exposition 2018 de la World Press Photo. En sont montrées ici quelques images. L'expo, qui circule à travers le monde, sera présentée à Paris du 3 Novembre au 2 Décembre 2018 à la Galleria Carla Sozzani, 22 rue Marx Dormoy.

Adam Ferguson
Nigéria. Après avoir été kidnappée par Boko Haram, la jeune fille de 14 ans  s'est vu confier une mission d'attentat-suicide, mais a réussi à s'échapper et à trouver de l'aide.
Une magnifique série de portraits de ces jeunes otages à voir ici

Connecter le monde aux histoires qui comptent.

World Press Photo est une plate-forme mondiale à but non lucratif reliant les professionnels et les publics via un journalisme visuel et des récits de confiance.
Dès 1955, un groupe de photographes néerlandais organisait le concours international dénommé «World Press Photo» afin de présenter leurs travaux à un public international. Depuis lors, le concours est devenu un des concours de reportage photographique les plus prestigieux. Grâce à un programme d’expositions à travers le monde sont présentées les "histoires" gagnantes à des millions de personnes.

Kevin Frayer
Une réfugiée Rohingya arrive au Bangladesh. 

Kevin Frayer
Les attaques contre les villages musulmans Rohingya ont conduit des centaines de milliers de réfugiés à fuir au Bangladesh 

Certaines des photos primées par le passé sont devenues emblématiques - une fille nue qui courait après une attaque au napalm au Vietnam; un moine bouddhiste s'immolant par le