À Madrid, la fondation MAPFRE expose El Mediterráneo.
Des dizaines de toiles de grands maîtres pour nous transporter au bord de notre Mare Nostrum, sur les rivages de cette mer qui a engendré toutes les lumières de notre civilisation.
La découvrant toile après toile, nous ressentons la Méditerranée comme liquide amniotique, source de ferveur, nature nourricière… Tant de multiples richesses… Elle et son Soleil, inséparable partenaire, une flamme.
Paysagesméditerranéens, Othon Friesz
"Méditerranée. Le rien se mêle au rien, aux vauriens, la mer est si bleue qu'elle en paraît noire sous le soleil qui tape, avec des fonds où la lumière, d'une sourde transparence, gris-bleu ou gris-vert, ou presque rose, ne cesse de changer comme la gorge du pigeon." Les Dieux habitent toujours à l'adresse indiquée, Patrick Reumaux
Paysages méditerranées , André Derain
Telle un lit d'amour…
Couple à la plage, Josep de Togores
Baño en la playa, Joaquin Sorolla
"La Méditerranée a une couleur comme les maquereaux, c'est-à-dire changeante, on ne sait pas
Née en 1934 à Lisbonne, la photographe plasticienne Helena Almeida, que le public avait pu découvrir au Jeu de Paume en 2016, est décédée fin septembre 2018.
Fille de sculpteur, pour qui elle posait, elle avait étudié les Beaux-arts à l'Université de Lisbonne et passé trois ans à Paris dans les années 60. Elle avait mis le corps, son propre corps, au centre de son œuvre.
Des photographies marquées de peinture
De larges aplats d'encre ou de peinture bleue, un bleu Klein, signent d'une manière très personnelle ses grands formats en noir et blanc.
On peut se demander pourquoi Helena Almeida a ainsi marqué ses photos… Sans doute du fait de son histoire personnelle avec les deux arts, puisqu'un beau jour, en contemplant un monochrome de Lucio Fontana lacéré au cutter, elle décide de passer de la peinture à la
Né en 1571, Michelangelo Merisi, dit Caravaggio, va révolutionner la peinture italienne du XVIIe siècle. Dix de ses chefs-d'œuvre sont réunis ici.
Le Jeune St Jean-Baptiste au bélier (1602), Capitole, Rome
Sont aussi exposées de nombreuses toiles de ses concurrents, et sont évoqués ses soutiens et ses rivaux dans la Rome artistique de l'époque.
Pourquoi ce goût du clair-obscur ?
Sans vouloir "romantiser" le peintre, en faire un être maudit, un révolté dont l'image plait à notre époque ( Source ), Caravage – les rapports de police le prouvent – avait le sang chaud, la dague facile, jusqu'au crime de sang. Peu de doute que ses longs et fréquents séjours dans les sombres cachots ont fortement influencé sa vision du monde. Se retrouvent ainsi dans ses tableaux des vues restreintes, au fond ténébreux, dont les personnages sont à peine éclairés. En prison, il côtoie les marginaux, les prostituées, les vagabonds, et ce sont eux qu'il choisira comme modèles... Fini les sujets au profil grec, les joueurs de luth bouclés à la peau lactescente.
Joueur de Luth (1595) Musée de l’Ermitage
(St-Pétersbourg)
Ce sont des personnages d'apparence vulgaire qui apparaissent sur les toiles. Caravage peint alors les scènes même religieuses de manière très novatrice, avec un style jugé blasphématoire et vulgaire par nombre de ses commanditaires.
L'éclairage provient d'une source unique, diffuse, vive, difficilement identifiable. Il est parfois franchement latéral, souvent latéral de trois quart haut.
Cela fait bien penser à un puits de lumière éclairant un cachot et concourt sans modération au façonné des corps. Quant au fond, il est souvent obscur, mal identifiable. La perspective est absente. Cela rend la scène particulièrement intimiste tout en produisant une ambiance dans laquelle les sujets sont porteurs "d'une destinée ombrageuse aux accents souvent pessimistes" (Source)
Ce traitement des toiles en clair-obscur, chiaroscuro, bouscule les codes formels maniéristes de l'époque. Il se présente comme l'exacte transposition de la vie dissolue de l'artiste, ombre et lumière.
À moins d'apprécier les salles obscures au point d'y supporter l'ennui ou la répulsion, il vaut mieux se renseigner un peu avant de s'enfermer avec tel ou tel long métrage.
Mais le choix est-il si simple ? Quelle méthode mettre en œuvre ?
Faisons un petit inventaire :
- Se fier à la distribution peut être périlleux : Mathilde Seigner et Claude Brasseur se sont plantés dans Camping 2
Christophe Lambert a campé un fâcheux Vercingétorix, Alain Delon et Arielle Dombasle ne pouvaient réussir à sauver Le jour et la Nuit. Les trois films cités figurent au top 20 des pires navets cités par Sens Critique.
- Se référer au seul metteur en scène est hasardeux : même des grands comme Buñuel ou Hitchcock ont reconnu avoir tourné des séries B infréquentables. Godard a pu nous endormir. Clint Eastwood a commis en 2018 un terne voyage touristique avec 15H17 pour Paris. Quant à Claude Lelouch, il peut passer du film culte comme Un homme et une femme à de l'insipide genre À nous deux
- Écouter l'avis des critiques professionnels pourrait être moins risqué. Mais en y mettant quelques conditions limitatives. Il faut en effet prendre garde aux avis souvent très positifs sur les films français à large diffusion. Collusion d'intérêt ? Sans doute pas. Peut-être de sincères amitiés dans le milieu du cinéma. Probablement le souci louable de défendre un cinéma plutôt en perte de vitesse. C'est ainsi qu'on retrouve des notes élevées pour des films qui ne marqueront pas l'histoire. Par exemple le sympathique Première
Qu'aime-t-on en général dans les films en costumes ? Certes les magnifiques accoutrements, mais aussi et surtout les dialogues ciselés par la langue du XVIIIème, le contexte historique, la trame fine et élaborée comme dans les romans de l'époque. Hélas, rien de cela dans ce film. Lointaine transposition de Diderot, les échanges verbaux sont verbeux, plats ("Un bonheur qui ne dure pas, c'est du plaisir" "Nos sentiments sont aussi pleins de tendresse que de raison"…) et aussi extrêmement répétitifs. Le cadre historique se réduit à des décors rebattus, à des robes trop proprettes, et il nous présente un libertinage simplifié, ignorant sa dimension révolutionnaire de libre-pensée et de négation religieuse, niant même par la pruderie extrême des images que les libertins sont aussi des jouisseurs. Au moment suprême d'un rapprochement des amants sur le canapé, la caméra se détourne sagement sur un livre qu'une main dépose sur un autre ! Aucune sensualité donc dans ce film bien amidonné. Quant à l'intrigue, elle ne devient intéressante qu'à la toute fin, après qu'une heure ennuyeuse s'est passée sans que presque rien ne se passe.
Un téléfilm ?
Mais le plus terne est dans la réalisation. L'image ne traduit ni les sentiments ni les situations. Quelles que soient les circonstances, même lorsqu'elles se voudraient dramatiques, la mise en scène se borne à quelques tableaux : les promenades dans les
Sur l'écran de "The Guilty", un seul acteur visible, dans une seule pièce, parlant une heure et demi au téléphone, et nous voilà pourtant scotchés à notre fauteuil, pris dans le suspense, palpitant d'anxiété, saisis par la performance cinématographique.
Certes, on savait que l'observance des trois unités – lieu, temps et action – est une des bases de l'art dramatique. Mais au cinéma, qui est allé aussi loin dans un respect aussi strict ? C'était le rêve d'Hitchcock de tourner un thriller sans sortir d'une cabine téléphonique, Möller l'a réalisé.
Quelles sont donc les sources de tant de tension ?
Au fur et à mesure du déroulement du huis clos, la sidération vient et les questions se posent : qui est ce cinéaste danois, Gustav Möller, qui a osé un tel pari ? Pour un premier long métrage ! Comment parvenir à cette force avec si peu de variété d'images ? Quelles sont donc les sources de tant de tension ? Une bande son magistrale ? L'intensité du scénario et ses rebondissements, certains retentissants ? L'opposition flagrante entre une composition dramatique complexe et ce minimalisme des images ? La mise en place
Près de 200 œuvres sorties des collections de la Fondation d'Art LVMH, l’objectif affiché étant d'interroger la place de l'Homme dans la Nature.
Takashi Murakami et les autres
L'expo se divise en deux grandes parties : celle consacrée à l'artiste néo-pop japonais Takashi Murakami (à ne pas confondre avec le futur probable prix Nobel de littérature Haruki Murakami), et l'autre partie, très hétéroclite, néanmoins remarquablement riche, où on retrouve d'importantes œuvres contemporaines et des créations de grands artistes du siècle passé.
Takashi Murakami, un accrochage quelque peu dérangeant
Une bonne expo interroge sur l'Art. C'est le cas d'une autre expo "Artistes et Robots" au Grand Palais, et aussi, à un tout autre niveau, de celle-ci.
Certes, on savait que l'Art n'est pas désintéressé, mais on en a ici une preuve nouvelle par l'omniprésence dans des locaux LVMH de celui qui a travaillé pour la firme à un échelon industriel. Le designer Murakami a en effet estampillé nombre de sacs à main Vuitton, et c'est lui qui a réinventé le monogramme de la marque.
Ces relations marchandes peuvent déranger, d'autant que Murakami, jet-set et star-system, loin de l'image de l'artiste isolé et bohème, est à la tête d'un véritable empire de production, la Kaikai Kiki Company.
Il s'agit pour la société de manager des expositions dans les grands lieux culturels du monde, de distribuer les reproductions et les produits dérivés (peluches, badges, T-shirts, jeux vidéos…), mais aussi d'employer les auxiliaires de fabrication des œuvres. Car le créateur Murakami dessine et peint l'esquisse, mais pour parvenir au gigantisme de certaines productions, il faudra scans, informatique, impressions et une armée d'assistants-dessinateurs. Pour plus de détails, lire ce qu'en dit l'Observatoire de l'Art contemporain.
Murakami est aujourd'hui sixième au classement mondial des artistes vivants les plus chers au monde. La sculpture en résine My lonesome cowboy (non exposée ici) a été adjugée pour plus de quinze millions de dollars.
My lonesome cowboy
Certes, Vuitton a le droit d'accrocher son associé Murakami, mais comment dans ces conditions garantir la neutralité dans le jugement artistique ? Un bel exemple de marchandisation de l'Art. D'autant que l'association, au sein de la même expo, de Murakami avec des artistes majeurs semble récompenser d'une sorte de consécration le pop-producteur japonais. Que celui qui douterait de son flat-art voie quels maîtres on le fait côtoyer ici : les Giacometti, Klein, Picasso…
La financiarisation peut aller de pair avec la qualité des œuvres
Qu'en est-il de l'esthétique Murakami ? Certes son côté outrancier, halluciné peut rebuter. Il est vrai que le flashy et la saturation des couleurs agressent.
Oui, il y a une surenchère démesurée d'une imagerie manga déjà sans retenue
.
En effet le gigantisme de certaines œuvres stupéfie : on entend "Ouah !..." à l'entrée de
Aujourd'hui, après plus de cinquante années passées en France, M revient dans sa ville, Alger.
Tu y es.
Te voilà dans ta ville.
Tu sens ce soleil sur ton visage ? C'est le tien.
Il y a ce quelque chose de spécial dans l'air. Quelque chose qui est sans cesse resté présent loin à l'intérieur de toi, jamais effacé par les grisailles du temps. Est-ce une atmosphère un peu plus sèche ? Un ciel bleu un peu plus blanc ? D'infimes particules de sable en suspension ? Un peu du sel de la mer ? Une manière qu'a la chaleur du matin de vite s'installer ?
Tu ne sais pas, mais tu le reconnais ce quelque chose. Tu le retrouves.
Tu te retrouves.
Tu reviens, et c'est comme si tu n'étais pas parti.
Il faut passer la police. Dans la file d’attente énervée, tu fermes les yeux. Tu te laisses imprégner des interjections, des agitations, des frôlements, des parfums secs, de tous les brouhahas irrécusables. Si familiers. Enfouis, loin en toi. Si vite ranimés !
La poussière de l'air n'a pas changé, c’est celle que tu as dans le sang.
Le taxi t'emmène, pressé. Vous restez silencieux. C’est la route moutonnière… Peut-être parce qu’elle longe la mer, son troupeau de petites vagues. Les vitres de la voiture sont grandes ouvertes. Sur le tableau de bord bien ciré, un tapis vert et rouge bat aux rythmes de l’air. À peine levée, la brise du matin est tiède. Elle dissipe cette poudre blanche qui plombe un peu le ciel. Le même ciel. Il va faire chaud.
« Il va faire chaud », tu entends le chauffeur te le dire. Il a perçu les mêmes signes que toi, dans l'air, dans l'aridité du bleu, on ne sait où… Il va faire très chaud. Découragé, il allume le poste. La musique emplit la voiture. Violons et derboukas, voix suave. Le rythme se prête à la lumière, à la mer d'azur qui suit, au vent doux qui caresse ton bras.
Alors tu veux montrer au chauffeur que tu n'es pas n'importe quel visiteur : pas homme d'affaires en expédition, ni improbable touriste… Alors tu parles. De rien. Du temps. De la
Voilà une expo étonnamment consistante. Non seulement parce que certaines œuvres laissent béats d'admiration, mais aussi et peut-être surtout parce que leur création robotisée pose questions. Des interrogations sur la nature de l'Art, sur ce qu'est une œuvre, un Artiste créateur. En extrapolant les progrès de l'intelligence artificielle, nous humains serons-nous des créateurs si différents des super-robots du futur. La question fait froid dans le dos, sensation que, pour l'instant, nous sommes heureusement les seuls à éprouver !
La première partie de l'expo montre des robots en plein boulot
Une certaine maladresse, un peu de naïveté dans l'intention, et nous voilà d'abord rassurés : ces robots ne sont vraiment pas des artistes, à peine des objets qui s’agitent gauchement. Des guignols auxquels on a, avec pas mal de prétention, collé un pinceau en "main".
Depuis janvier dernier, Jean-Luc Montessoro, fondateur de la MEP en 1996, n'en est plus le directeur. Ironie d'une nomination à l'heure du Brexit, Simon Baker, sujet britannique formé à l'histoire de l'art, roux comme il se fait outre-Manche, quitte le Tate de Londres pour la rue de Fourcy. Il se déclare néanmoins plus européen que jamais. Sa programmation débutera en 2019.
« La photographie française existe, je l’ai rencontrée » : une des dernières expos signée Montessoro
Montessoro a rencontré la photographie française contemporaine (de 1980 à nos jours), et laissant aller sa subjectivité, il accroche ses choix aux murs de la MEP. Juste avant son départ, c'est en fait une tardive réponse au jugement proféré dans les années 80 par le conservateur de la photo au MoMa de New-York, jugeant inexistante cette photographie. Montessoro puise dans les collections de la MEP pour démontrer au contraire sa grande richesse. Dans les salles de l'expo, certes l'impression de richesse est présente. Une cinquantaine d'artistes sont exposés : certains éminents comme Depardon, Salgado, Bernard Plossu, Bettina Rheims, Hervé Guibert, Christine Spengler, Philippe Ramette, Sarah Moon, Alain Fleischer… d'autres moins célèbres. Certes, c'est toujours un plaisir de revoir certaines œuvres fameuses : comment se lasser des gris de Depardon à New-York ?
Ou des noirs jaillissant des puits de pétrole signés Salgado ?
Mais, parce que certaines œuvres célèbres peuvent l'être trop, ce sont souvent les images
On savait que les mots peuvent être des armes, qu’ils peuvent provoquer des querelles, des affrontements. Particulièrement lorsqu’ils tirent leur virulence des drames du passé, lorsqu’ils y puisent leur venin avec rancœurs accumulées, incompréhensions refoulées, injustices enkystées.
Au Liban depuis un demi-siècle, les souffrances s’accumulent pour tous. Pour les Palestiniens réfugiés comme pour les chrétiens devenant minoritaires. Les uns enragent de leur terre perdue, dérobée. Les autres s’insurgent d’être peu à peu dépossédés de leur berceau, de leur clocher, de tout ce qui faisait leur particularité au Moyen-Orient.
Une allumette dans une poudrière
Alors, un « Sale con », ce qui serait en France une banale insulte entre automobilistes, prend vite là-bas entre deux hommes de deux communautés qui s’opposent, des dimensions internationales. Une allumette dans une poudrière. Ce qu’on pourrait d’abord prendre pour de vulgaires orgueils masculins où chaque virilité refuse bêtement de céder à l’autre, s’avère in fine un concentré des conflits non apaisés de l’histoire récente.
Les drames sous-jacents tirent toutes les ficelles
Yasser (Adel Karam) et Toni (Kamel El Basha)
De cette histoire particulière de querelle entre deux egos ( Yasser l’exilé palestinien et Toni le chrétien maronite), le réalisateur Ziad Doueiri nous dévoile peu à peu les drames sous-jacents qui tirent toutes les ficelles. Comment chaque
Ne pas penser que Claire Denis a filmé les embarras et les tâtonnements de l’amour, comme pourraient nous le faire imaginer certaines critiques évoquant les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. De l’Amour dans ce film, tout au contraire, il n’y en a pas. Et on le regrette bien en tant que spectateur assoiffé d’émotions. Il n’y en a pas et c’est le problème d’Isabelle, cette belle artiste galeriste quinquagénaire superbement incarnée par Juliette Binoche. Elle est éperdument à sa recherche, mais il ne se présente pas. Dans sa quête, elle sacrifie toute sa liberté de femme, y met des trésors d’indulgence, enfile des cuissardes impossibles, mais l’Amour reste aux abonnés absents. Isabelle se prend claque sur claque, vacille, trébuche et pleure devant le vide récurrent de sa vie non dépourvue d’hommes, mais dénuée d’amour, sauf parfois avec un tout petit a.
Tout l’intérêt du film
Le film parle de la difficulté que peut rencontrer une femme à trouver l’homme de sa